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Complémenter correctement à l’herbe

Article technique de Corinne Paillex, PM PhysiO® + Moruline®

Quel que soit son stade, l’herbe est déficitaire en différents minéraux. Afin d’éviter des effets négatifs à long terme,une complémentation avec un aliment minéral adapté est essentielle.

Comme le démontre l’étude d’Agroscope publiée dans la revue Recherche agronomique suisse no 8, les teneurs minérales des herbages fluctuent en fonction de la région et de l’altitude.

Quelles que soient les régions pâturées, l’herbe ne contient pas suffisamment d’oligoéléments (sauf peut-être pour le manganèse), de magnésium et de sodium pour les besoins d’une vache en production et gestante. Le phosphore et le calcium peuvent aussi faire défaut.

La carence en magnésium est surtout connue pour les tétanies qu’elle entraîne. Mais elle est également une cause d’infertilité, de mauvaise délivrance, d’une mauvaise efficacité alimentaire et d’une plus grande sensibilité aux infections. Ces risques ne sont pas négligeables au pâturage, car l’absorption du magnésium est totalement dépendante de la présence de potassium dans la ration.

Sodium-potassium: un rapport important

L’absorption du magnésium dépend d’une «pompe» qui a besoin de sodium. Son fonctionnement est optimal quand le rapport sodium-potassium dans le rumen est supérieur ou égal à 5. Les rations fourragères sont souvent plus riches en potassium qu’en sodium, mais le recyclage salivaire du sodium rééquilibre ce rapport. En revanche, ce recyclage reste très insuffisant avec la pâture, puisque l’humidité de la ration diminue sensiblement la salivation.

A la mise à l’herbe, tous ces facteurs négatifs jouent à plein pour faire baisser la digestibilité du magnésium. Cette digestibilité varie habituellement de 25 à 30% avec les régimes à base de foin. Elle peut descendre sous le seuil de 10% avec une herbe jeune, pauvre en magnésium et en sodium, mais riche en potassium et en azote soluble. Le magnésium est moins disponible et son utilisation métabolique réduite.

Le taux de magnésium sanguin (magnésémie) est brusquement abaissé et les manifestations cliniques ne tardent pas. Le besoin journalier global de l’animal résulte de la somme des besoins du rumen, d’entretien, de production et de gestation.

La matière sèche réellement ingérée peut être également sujette à des variations très importantes lors de la pâture. C’est donc à la mise à l’herbe que le bilan du magnésium est le plus délicat à contrôler. Les apports sont souvent marginaux, les réser ves sont difficilement mobilisables et les exportations sont majorées.

Eviter les carences

La vache a des besoins en minéraux à satisfaire au jour le jour. Un déficit, même s’il ne se fait pas sentir immédiatement, risque d’avoir des conséquences plus ou moins diffuses à long terme, notamment sur la reproduction. De plus, pour les laitières ayant vêlé à l’automne, cette période doit être l’occasion de reconstituer ses réserves minérales mobilisées durant la lactation.

Les animaux reçoivent souvent un peu de fourrage complémentaire et un concentré adapté: l’idéal serait de les mélanger avec le minéral ou d’utiliser un distributeur.

Environ quinze jours avant la mise à l’herbe et durant au minimum deux mois, un minéral particulièrement enrichi en magnésium, comprenant également un apport de calcium et de phosphore, doit donc être mis en place. Durant cette période et en fonction des heures de pâture et de la production laitière, un apport quotidien de 100 à 150 g d’aliment minéral par vache adulte couvre les besoins. Il y a également lieu de tenir compte du rôle indispensable des oligoéléments et des vitamines, surtout la E.

Pour éviter également le risque de carence en minéraux par antagonisme, on favorisera l’apport d’une partie des oligo-éléments sous forme organique et on visera une complémentation efficiente.

Penser aux taries…

Les vaches taries méritent, elles aussi, une attention toute particulière à cette période. On agira premièrement sur la mise à disposition d’une pâture spécifique adaptée en termes de surface et quantité d’herbage disponible. Le but est de gérer l’ingestion journalière des animaux pendant au minimum cinq semaines. Les taries doivent consommer entre 10 et 12 kg de MS par jour et on doit gérer, pour éviter les fièvres de lait, un apport de calcium total aux alentours de 80 g/jour. La note d’état devrait être de 3,5 au vêlage et cela peut sembler un challenge à la pâture. Un minéral adapté enrichi en magnésium et en phosphore, contenant très peu de calcium constitue une solution adaptée. Il doit être également enrichi en vitamine E, dont les besoins sont quadruplés à cette période, et en sélénium pour leurs effets conjoints sur l’immunité.

La femelle a ainsi l’occasion de terminer la reconstitution de ses réserves minérales avant le début de sa prochaine lactation.

Phase d’élevage cruciale

Ramenés à leur capacité d’ingestion, les génisses avant la puberté ont des besoins voisins des laitières en production. Les vaches taries et les génisses sont souvent les oubliées de la complémentation minérale au pâturage. Mais cette lacune mérite vraiment d’être corrigée. Une laitière ne peut préparer et débuter une bonne première lactation que si ses réserves en calcium, phosphore et magnésium sont disponibles. Et c’est justement pendant la phase d’élevage que la jeune femelle absorbe le mieux ces éléments. La complémentation minérale des génisses doit aussi apporter des oligo-éléments, indispensables à la constitution et au fonctionnement de différents organes sexuels. Une surveillance trois à quatre mois avant la puberté est notamment indispensable pour le cuivre et le manganèse. Les carences peuvent en effet entraîner un retard de puberté et une moins bonne reproduction de la vache adulte.